« Une IA devient DRH adjointe, prend la place du DRH, puis licencie le CEO ! »

Info ? Fake news ? Peu importe ! Depuis maintenant presque deux ans nous avons toutes et tous été au moins une fois intrigués, surpris et parfois même choqués par ce genre de titres d’article à sensation clamant haut et fort une certaine suprématie des IA. Un jour vous lisez que l’IA juge les délinquants , un autre jour qu’elle prédit votre mort, ou même qu’elle est reconnue citoyenne par un pays… Bref, on en prend plein les mirettes, et ce, tous les jours.

Bien entendu, la fonction RH et, par association, le marché de l’emploi n’échappent pas à cette frénésie ! Les IA sont en effet censées détruire 47% des emplois d’ici à 2030 (étude qui fut extrêmement médiatisée, puis très nuancée par la suite), assurer l’automatisation totale des processus (du recrutement à l’engagement des collaborateurs), « augmenter » les salariés par de super pouvoirs ), ou encore prédire le plus tôt possible leur départ… Des scénarios « DRH-HAL-9000 » dignes des meilleurs films de science-fiction ne cessent donc d’être annoncés.

 

 

Pourtant, une récente étude menée par MMC Ventures et amplement relayée par la presse généraliste (et parfois critiquée/nuancée) a jeté un coup de froid sur ce bel engouement. En effet, celle-ci pointe du doigt que 40% des startups qui affichent fièrement le label « IA » ne font pas d’IA.

Mais alors, où est donc la vérité ?

Une représentation des usages de l’intelligence artificielle par Olivier Ezratty

 

L’usage d’un anthropomorphisme de la technique poussé (ex : comparer une méthode statistique avec des réseaux de neurones du cerveau humain) a en effet permis une vulgarisation forte des nombreux concepts computationnels et mathématiques et nous a donné la sensation de tout comprendre (enfin presque).

Cela a aussi permis l’innovation IA d’être massivement diffusée et d’atteindre le fameux « Tipping Point ». Cette bascule du statut de quasi-anonymat à celui de célébrité de masse, a suscité une large période de curiosité, d’excitation, de craintes mais aussi de fantasmes intenses et de projections surprenantes.

 

L’évolution des recherches Google pour le mot-clé « Intelligence Artificielle » en France depuis 2015 met en relief ce phénomène

L’évolution des recherches Google pour le mot-clé « Intelligence Artificielle » en France depuis 2015 met en relief ce phénomène

 

… et de plus en plus contestées !

Pourtant, face à cet engouement parfois sans limite, ceux qui tendent à nuancer les annonces et exploits des IA sont de plus en plus nombreux. Ils aiment à souligner les écarts significatifs qui existent entre les projections, qu’elles soient utopiques ou dystopiques, et nos moyens technologiques actuels :

  • Que ce soit Cathy O’Neil, mathématicienne anciennement dédiée au service des « Algorithmes de Destruction Massive » dont la complexité est telle que leurs résultats, bien que parfois peu probant, ne peuvent plus être contestés,
  • Eric Sadin – philosophe français – qui s’interroge sur le sens d’une pensée unique aux faveurs de l’automation et des IA qui « énoncent la vérité »,
  • Antoine Casilli dont le dernier ouvrage « En attendant les robots » décortique l’envers du décors des fameux GAFA dont les IA sont en réalité artificiellement artificielles (fonctionnant en grande partie grâce aux plateformes de travail aux clics et/ou aux contributions gratuites de ses usagers (ex : reCAPTCHA, like, tags etc.)).

La fameuse arnaque du « Turc mécanique » au XVIIIe siècle présenté par A. Casilli

La fameuse arnaque du « Turc mécanique » au XVIIIe siècle présenté par A. Casilli

  • Ou encore d’anciens ingénieurs tel que Luc Julia – connu pour avoir conçu l’assistant vocal d’Apple Siri – qui nous rappelle dans son ouvrage « l’intelligence artificielle n’existe pas » à quel point celles-ci sont « bêtes ».

A force de gratter le vernis, on se rend rapidement compte que les analogies entre concepts computationnels et cerveau humain annoncées par la surmédiatisation des IA sont, pour le moment, des scénarios hollywoodiens qui ne verront le jour que dans quelques années, décennies, et parfois même des siècles !

 

Afin de lire comment ces concepts fantasmés des IA se confrontent au pragmatisme d’aujourd’hui et surtout dans les Ressources Humaines, la suite est ici