Depuis quelques années, la connaissance est devenue une commodité : on la trouve partout, tout le temps, n’importe qui peut se former sur n’importe quoi. Tout le monde s’improvise formateur, sans aucune notion de pédagogie. Si certains s’en sortent correctement car – il faut bien l’admettre – la pédagogie reste surtout du bon sens, la plupart des contenus se résument à des directives, à un nombre d’actions à mener pour peut-être avoir un résultat. Le souci majeur est que la plupart de ces « formations » ne bénéficient d’aucune évaluation, d’aucun suivi, ce qui pose la question de la pérennité des résultats obtenus (si tant est qu’on en obtienne…). L’important n’est donc plus trouver l’information, mais bien comment se l’approprier et la réutiliser.

 

On est alors en droit de se demander quelle peut bien être la recette magique à appliquer pour une formation efficace ?

Quoi de plus facile que de répondre : « tant que tu maîtrises ton sujet… » ou encore « ben il suffit d’être pédagogue ! »

Mais justement, qu’est-ce que c’est « être pédagogue » ? Qu’est-ce que c’est « la pédagogie » ?

 

Un peu de définitions

D’après le Larousse, la pédagogie est l’ensemble des méthodes utilisées pour éduquer les enfants et les adolescents. Vous me direz donc, « quid des adultes ? ». Les puristes vous parlerons d’andragogie quand pour le grand public nous conservons le terme pédagogie.

Quelles sont donc ces méthodes pédagogiques dont parle la définition ? Pour bien les comprendre, il faut déjà connaître les 3 grands modèles pédagogiques sur lesquels elles reposent :

MODELES PEDAGOGIQUES
MODELE DESCRIPTION
Transmissif Le sachant transmet un savoir tel un exposé ou un long monologue sans interaction avec l’apprenant.
Comportementaliste C’est le principe du réflexe Pavlovien ou du système de récompense-punition pour conditionner un comportement, un savoir, une attitude.
Constructiviste

(et son dérivé, socio-constructiviste)

Le modèle pédagogique le plus interactif, plaçant l’apprenant au cœur de son processus d’apprentissage. Le sachant est plus en retrait, son rôle étant d’apporter conseil et aide si l’apprenant le sollicite, ou de le « remettre sur les rails » s’il voit l’apprenant se perdre.

Evoquons rapidement son dérivé, le socio-constructiviste, qui ajoute simplement une couche d’interaction sociale entre les apprenants.

 

Sur la base de ces modèles, voici maintenant en synthèse les différentes méthodes pédagogiques existantes :

 

METHODES PEDAGOGIQUES
MODELE METHODES DESCRIPTION
Transmissif Expositive

(ou passive)

Le « sachant » maîtrise son contenu et l’expose sans interactivité avec l’apprenant. C’est l’exemple du cours magistral qu’on a tous connu à l’école.
Comportementaliste Démonstrative Plus interactif que le précédent, le « sachant » montre comment faire, puis fait faire et fait dire, permettant ainsi à l’apprenant d’acquérir un savoir par simple imitation.
Constructiviste (et son dérivé, socio-constructiviste) Interrogative

(ou maïeutique)

Dans ce modèle, il est acquis que l’apprenant possède déjà des connaissances. Le sachant amène donc l’apprenant à construire ses connaissances lui-même, à faire du lien et donner du sens, via un questionnement structuré. On pourrait rapprocher ce modèle d’un débat.
Active

(ou découverte)

A l’inverse du modèle démonstratif, le schéma est de faire faire, faire dire, puis le sachant reformule. Il met ainsi à disposition de l’apprenant un scénario et un matériel permettant d’utiliser les essais-erreurs, le tâtonnement pour construire son apprentissage.
Expérientielle C’est ce qu’on appelle communément « la pratique ». Dans le cas, l’apprenant observe une personne faire  et reproduis. Il élabore lui-même son savoir en échangeant avec l’observé sur ces expériences, ressentis, pratiques, etc. Pour faire simple, cette méthode s’utilise pour toutes les connaissances impossibles à transmettre par écrit, à formaliser dans un livre.

 

Ce premier niveau de connaissance permet de répondre au « quoi ? », c’est-à-dire à la question de la thématique de la formation. Mais avant d’orienter son choix vers telle ou telle « Pédagogie », il s’agit ensuite de se poser la question du « pourquoi ? », que doit savoir faire l’apprenant à la fin de son apprentissage. C’est ce qu’on appelle l’intention pédagogique (ou objectif d’apprentissage).

De nombreuses théories existent sur le sujet, mais celle qui, à mon sens, est la plus simple et efficace – et d’ailleurs la plus connue – est la Taxonomie de Bloom.  Bloom catégorise les intentions pédagogiques dans une progression logique de difficultés et propose pour chacune d’elles des exemples de verbes d’action permettant ainsi de facilement faire un choix.

 

Ci-après, un condensé :

 

INTENTIONS PEDAGOGIQUES
INTENTION EXEMPLE DE VERBES D’ACTION
Connaissance Identifier, décrire, formuler, citer, reproduire
Compréhension Reconnaître, distinguer, comparer, expliquer
Application Classifier, illustrer, résoudre, démontrer, utiliser
Analyse Examiner, décomposer, catégoriser, interpréter, schématiser
Synthèse Compiler, adapter, structurer, anticiper, inventer
Evaluation Comparer, mesurer, tester, conclure, persuader

 

Dès lors que l’on a répondu au « quoi ? » (modèles et méthodes) et au « pourquoi ? » (intentions), se pose la question du « comment ? ». On parle alors de situation pédagogique,  modalité pédagogique ou encore de support pédagogique.

  • La situation pédagogique défini la méthode de travail, les conditions dans lesquelles placer les apprenants. Dans un modèle transmissif, ce sont les exercices à faire suite à un cours magistral, là où un modèle constructiviste privilégie l’échange de pratiques, le mode projet ou encore le plus connu « team building ».
  • La modalité pédagogique quant à elle, définit le médium, le moyen, le vecteur de la formation comme par exemple les traditionnels présentiel (ou face-à-face), e-learning ou classe virtuelle ; le désormais tendance « blended learning » qui mélange face-à-face et distance ; ou encore les nouveautés comme le social learning, le mobile learning voire même l’escape game.
  • Le support pédagogique est l’élément final à choisir lors de la création d’une formation. Comme son nom l’indique, c’est le média par lequel le savoir, la connaissance sont restitués. Et le panel est large : document Power point, Word ou Excel, papier ou dématérialisé, jeu plus ou moins sérieux, vidéo interactive ou non, enregistrement audio, etc.

 

En répondant au quoi (modèle et méthode), au pourquoi (intention) et au comment (situation, modalité et support), votre formation est quasiment créée, 80% du travail est fait. Reste donc LA question essentielle, celle à ne JAMAIS oublier… le « qui ? ».

Eh oui, comment est-il possible de former si on ne s’intéresse pas à l’élément primordial, celui au cœur de tout : le public, les apprenants eux-mêmes !

 

Et le public dans tout ça ?

La notion de « qui », du public à former, est très large. Elle comprend une série de questions à se poser :

  • Le groupe sera-t-il homogène ou hétérogène ?
  • Combien sont-ils ?
  • Quel est l’âge du public ?
  • Quelles sont leurs connaissances préalables sur le sujet à traiter ?
  • Ont-ils des compétences sur la thématique à aborder ?
  • Viennent-ils par choix ou par obligation ?
  • Ont-ils du temps pour se former ou font-ils cela à côté, en plus de leur journée ?
  • Quelles sont leurs propres attentes dans cette formation ?

Si l’on a pas toujours le temps de répondre à ces questions – et c’est bien dommage – dans le cas des adultes, quelques éléments peuvent être considérés comme acquis, immuables et à prendre en compte systématiquement :

  • Les adultes ont rarement le temps
  • Ils ont souvent un (très) mauvais souvenirs de l’école
  • Ils pensent déjà savoir
  • Ils se demandent souvent quel est le lien avec leur pratique, sur le terrain, sur l’opérationnel
  • Ils ne mémorisent pas comme l’enfant car ils ont perdu l’habitude d’apprendre par cœur
  • Encore plus que les enfants, l’adulte a besoin de comprendre les objectifs pour lui afin d’apprendre
  • Les adultes ont besoin de donner du sens à l’expérience qu’ils vivent et si ce qu’ils vont apprendre va leur servir réellement.

Bref, vous l’aurez compris, quelles que soient les spécificités d’un public donné, l’aspect émotionnel joue un rôle important dans tout processus d’apprentissage. Ressentir du plaisir et de la joie, ne pas se sentir jugé, être en confiance sont des ingrédients indispensables à utiliser pour instaurer un climat favorable au sein d’une formation.

 

Conclusion

Si l’on revient à la question première, celle de savoir s’il existe une recette magique pour créer la formation, vous comprendrez que la réponse est non ! Qu’il n’y a pas une solution mais des solutions ! Que tout dépend de plusieurs éléments à prendre en compte que l’on pourrait articuler comme suit :

Quoi + Pourquoi + Qui = Comment

Modèle & Méthode + Intention + Public = Situation, Modalité & Support

 

Pédagogiquement votre.

 

P.S : Je n’aborde pas ici les courants ou théories pédagogiques, dont les plus connus sont Montessori, Freinet, Jung, Steiner, etc. car il s’agit alors de partis pris et non de  recette répondant objectivement à un besoin, un contexte, un public.

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