L’école de demain ? Une seule question qui englobe tant de thèmes : éthique, génération, éducation, technologie…. Je ne me sentais pas légitime de répondre seule à cette question, surtout depuis que j’ai quitté l’éducation nationale il y a plusieurs années. Pour m’aider à y répondre, j’ai choisi Amélia Matar, fondatrice de COLORI.

Créé en septembre 2017, COLORI vise à préparer les enfants au tsunami technologique que nous vivons aujourd’hui. COLORI prend la forme d’ateliers de découverte du code et de la technologie, d’inspiration Montessori, pour les 3-6 ans, sans écran, en périscolaire ou sur le temps scolaire.

Je partage autant le forme que le fond de COLORI. Amélia est passionnée et investie dans l’éducation de ceux qui feront le monde de demain, avec tout l’optimisme et la bienveillance qu’il faut pour que ça fonctionne.

1/ Amélia, pouvez-vous vous présenter et donner quelques grandes lignes de votre parcours avant l’aventure COLORI ?

Après plusieurs postes liés aux nouvelle technologies, notamment en startup et chez BetClic Everest Group, j’ai choisi de rejoindre le monde des ONG.

J’ai ainsi travaillé 4 ans sur les campagnes digitales de l’association Greenpeace. J’ai notamment coordonné la campagne Winter is not coming, relayé sur Twitter par Nikolaj CosterWaldau‏, l’acteur qui joue Jaime Lannister dans la série Games of Throne ! Je raconte cette anecdote car qu’elle m’a beaucoup marqué. Et plus récemment, en janvier 2016 NUMA m’a proposé le poste de directrice marketing. Cette mission fut incroyable pour moi. J’ai pu participer à des chantiers aussi fous que DataCity, refondre la marque NUMA, et travailler quotidiennement avec des personnes remarquables. Cette dernière expérience m’a conduite tout droit à COLORI.

2/ Quel a été le déclencheur de cette nouvelle aventure ?

Le premier déclencheur a clairement été la naissance de mon fils. Quand Jules est né, j’ai découvert un tout nouveau champ de connaissances que je ne soupçonnais pas jusqu’alors. De nombreux penseurs, philosophes, scientifiques, médecins, ou pédagogues se sont intéressés à l’enfant et je me suis passionnée pour leurs écrits. J’ai pris conscience que l’éducation est un levier puissant pour transformer une société.

L’éducation est un levier puissant
pour transformer une société.


La seconde étape qui m’a mise sur le chemin de COLORI est NUMA. En étant immergé dans cet écosystème, j’ai compris qu’un changement d’envergure était en train de s’opérer, aussi bouleversant que l’écriture ou l’imprimerie. Peut-être même plus impactant que ces derniers. Yuval Noah Harari m’a beaucoup inspirée aussi dans cette initiative. À la fin de Homo Deus, une brève histoire du futur, qui dresse un portrait glaçant de l’avenir de notre espèce, il conclut :

“L’essor de l’intelligence artificielle et des biotechnologies transformera certainement le monde mais il n’impose pas un seul résultat déterministe. Tous les scénarios esquissés dans ce livre doivent être compris comme des possibilités et non des prophéties. Certaines ne vous plaisent pas ? Libre à vous de penser et de vous conduire de façon à ce qu’elles ne se matérialisent pas.”

Non certaines de ces possibilités ne me plaisent pas du tout. Et j’espère que COLORI va oeuvrer, à son échelle, pour qu’elles n’arrivent jamais.

3/ Travaillez-vous seule ?

Oui et non. Je passe un certain temps seule derrière mon écran. Mais en réalité, mes journées sont ponctuées de RDV, de points téléphoniques et d’échanges en tout genre. Mon fils participe aussi beaucoup à la vie de COLORI, ce qui rend l’expérience d’autant plus riche. C’est une grande gratification pour moi lorsqu’il va chercher seul les activités que j’ai imaginées et qu’il se met à y jouer. Cela me permet d’observer la façon dont il s’en saisit et quelles pourraient être les points d’amélioration. Mon mari également contribue grandement. Il est un peu le directeur R&D de COLORI. Il vérifie l’exactitude des informations que je délivre, me donne des idées de nouvelles activités, et plus globalement me coache sur la suite.

Plus largement, de nombreuses personnes apportent leur pierre à ce projet et je les remercie chacune chaleureusement. Qu’il s’agisse du logo réalisé par la brillante Laurianne Birre, du lieu et de l’équipe qui accueillent les ateliers (Simplon.co), des ateliers animés par des bénévoles qui se lèvent le samedi matin pour venir m’aider, de la pédagogie que j’affute avec des éducateurs et éducatrices Montessori, des nombreux échanges que j’ai avec Kimberly Smith, chercheuse au MIT sur l’apprentissage du code aux enfants ou encore du projet d’édition sur lequel je collabore avec Auraline Mary, et des encouragements de ma famille et de mes amis, COLORI est finalement la somme de nombreuses énergies.

4/ Quelle sera l’école de demain selon vous ?

Tout un courant émerge enfin en faveur de l’enfant. Je crois profondément que cette évolution est indispensable pour que l’humanité réussisse à résoudre les nombreuses équations écologiques, technologiques et économiques posées par le monde de demain.

Les neurosciences nous prouvent sans équivoque que la bienveillance permet l’éclosion d’êtres humains plus sereins, qui apprennent plus vite et qui collaborent mieux.

Donc pour moi, l’école de demain est d’abord une école de la bienveillance. Ce devrait être l’école d’aujourd’hui à vrai dire.

Il ne s’agit pas d’élever des “enfants rois” comme certains le craignent, car l’enfant a besoin de cadre et de limites pour se construire, il a besoin de comprendre que ses actes ont des conséquences sur autrui.

L’école de demain est d’abord une école
de la bienveillance


Mais nous adultes, devons prendre conscience des besoins de l’enfant en fonction de son âge. Oui un enfant de 2 à 4 ans est dans l’émotion, on le sait, c’est ainsi. Leur cerveau n’est pas assez mûr pour réguler les émotions fortes, donc la colère les emporte et leur fait vivre de véritables tempêtes émotionnelles. Ils sont aussi très réceptifs à notre propre humeur. À nous, adultes au cerveau formé, de les aider dans l’apprentissage de cette maîtrise. Non pas par la brimade ou la punition qui ne fait qu’accentuer le phénomène neuronal du stress mais par des outils bienveillants de retour au calme.

Je suis effarée qu’en 2017, à la lumière de ce que l’on sait sur le cerveau, de nombreuses écoles en France punissent encore des petits enfants. Je ne blâme pas les enseignants qui font un travail éprouvant dans des conditions souvent précaires, mais plutôt le système qui ne leur permet que difficilement d’évoluer vers d’autres pratiques.

Par ailleurs, de nombreuses pédagogies, dont Montessori que j’affectionne beaucoup, sont très efficaces et offrent à l’enfant un apprentissage joyeux, naturel, adapté à ses besoins et à son rythme. Puisse l’école de demain s’en inspirer. Que ce qu’on appelle aujourd’hui “alternatif” soit demain la convention.

Enfin, l’école de demain doit être une école de son temps. L’écologie par exemple, devrait être une préoccupation majeure de l’école. C’est un sujet essentiel, crucial, fondamental de notre époque.

Et bien sûr, cette cavalcade technologique doit absolument être prise en compte par l’école. Il nous faut bâtir des solutions pédagogiques pertinentes pour préparer les futures générations à ces transformations rapides.

5/ COLORI, école de demain à part entière ? ou est-ce pour vous un pendant de cette école de demain ?

L’enfant est une formidable éponge, que nous, adultes, avons la responsabilité d’immerger dans les sujets qui importeront pour son futur.

Mon intention est vraiment là, permettre à l’enfant de s’épanouir dans son époque. Et le code fait de plus en plus partie des savoirs qu’il convient d’acquérir. Non pas pour qu’ils soient tous développeurs demain, mais pour qu’ils soient ancrés dans leur temps, capables d’agir efficacement sur leur environnement.

L’école COLORI est donc clairement une option à moyen terme. Mais à ce stade j’aimerais accompagner les parents et les professionnels de l’éducation dans la mise en place de nouvelles activités dans les foyers et les classes.

6/ Quelle est votre vision pour les 2 prochaines années ?

De septembre 2017 à janvier 2018, près de 150 enfants auront suivi au moins 1 atelier COLORI. Cette étape était importante pour vérifier que les différentes activités glanées ou inventées pouvaient motiver l’enfant. Sans cette motivation, l’apprentissage est compliqué et ce n’est surtout pas la voix que je veux prendre.

Pour la suite, j’aimerais créer un espace expérimental, qui ressemblerait à une classe Montessori dédiée au code et à la technologie. Mon idée est qu’un groupe d’enfants plus réduit puisse évoluer sur les différentes activités proposées de séance en séance. Leurs progrès seraient suivis pour déterminer plus précisément les acquis possibles sur ces sujets à ce jeune âge. Le tout serait filmé pour que les activités puissent être reproduites en classe ou à la maison.

Pour y arriver, je cherche tout d’abord des financements, un lieu, et des personnes pour m’accompagner sur l’aspect pédagogique, donc plutôt spécialisées en pédagogie ou développement de l’enfant.

Je travaille également sur une publication qui sera destinée aux parents et aux professionnels de l’éducation, disponible en librairie dans quelques mois.

Avec tout cela, j’adorerais mettre en place une étude, en partenariat avec un centre de recherche, pour suivre les progrès en logique et en code de plusieurs enfants, dès leur plus jeune âge. Je pressens qu’un apprentissage précoce du code permet une meilleure maîtrise du sujet à l’âge adulte. Des études ont démontré cet effet sur d’autres sujets. Mais je serais heureuse pouvoir étayer cette hypothèse.

Et si je m’ennuie avec tout ça, pourquoi pas, une école. C’est un projet qui me titille déjà depuis plusieurs années.

J’espère que cet article vous aura inspiré autant que le plaisir pris lors de cet interview.

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